Les cinq groupes de poissons rouges japonais

Tous les poissons rouges, du poisson rouge commun au ranchu, sont la même espèce, Carassius auratus. Les encyclopédies japonaises les classent par la forme du corps en cinq groupes : type wakin, type ryukin, type oranda, type ranchu, et poissons rouges régionaux. Cette page est la grille du site : elle dit où se range chaque variété, ce que la forme du corps implique pour la vie en bassin, et lesquelles passent l’hiver dehors en France.

Pourquoi classer par la forme du corps

Le poisson rouge est un carassin domestiqué en Chine, puis sélectionné au Japon à partir de l’époque Muromachi. Les variétés ne sont ni des espèces ni des races : ce sont des lignées fixées par l’éleveur sur quelques caractères. Toutes se croisent entre elles et toutes reviennent vers le carassin si on les laisse faire.

Les sources japonaises que nous suivons, AQUALASSIC et All About, prennent la forme du corps comme premier critère parce que c’est elle qui commande la nage, l’appétit et la résistance au froid. Un corps allongé nage vite et tient le bassin ; un corps rond nage mal, digère mal au froid et se fait voler sa nourriture. Les autres critères viennent ensuite : la queue, simple ou double, courte ou longue ; la couleur et le motif, rouge, rouge et blanc, blanc, jaune, noir, calico ; l’écaille, normale ou nacrée ; la tête, lisse ou à bosse ; les yeux, normaux, saillants ou à bulles. Le détail des termes est au glossaire du poisson rouge japonais.

Groupe 1 : le type wakin (和金型)

Corps allongé, proche du carassin, queue simple ou double courte. C’est le groupe des poissons de bassin. Le wakin en est la tête, premier poisson rouge arrivé au Japon. La comète, créée aux États-Unis dans les années 1880, et sa forme rouge et blanc, la sarasa, y sont rangées par les Japonais pour leur silhouette. Le shubunkin est un wakin à robe calico et écailles nacrées, en trois types, japonais, London et Bristol. Le jikin, issu du wakin par sélection d’une queue en X, a le corps du groupe mais pas sa santé. Le poisson rouge commun des animaleries françaises appartient de fait à ce groupe.

Ces poissons nagent vite, mangent de tout et devancent les variétés rondes à chaque distribution. Hiver dehors en France : oui pour le wakin, la comète, la sarasa et le shubunkin ; avec réserve pour le jikin, dont l’hivernage chez nous n’est pas documenté.

Groupe 2 : le type ryukin (琉金型)

Corps haut et court, dos bombé derrière la tête, queue double longue. Le ryukin donne son nom au groupe ; le demekin, à yeux saillants, et le tosakin, à queue retournée, en font partie par la forme. Ces poissons sont lents, et leur corps comprimé laisse peu de place aux organes : les troubles de la vessie natatoire sont fréquents, surtout en eau froide. Le document de l’université de Yamaguchi sur l’élevage du poisson rouge le dit sans détour : les variétés à nageoires longues et à corps court hivernent mal dehors.

Le tamasaba est l’exception qui justifie ce site. Il a le corps du ryukin et une queue simple de type wakin, et il a été sélectionné à Niigata précisément pour passer l’hiver dehors, dans les mêmes bassins de montagne que les koï. Les Japonais le rangent dans le groupe 5, avec les poissons régionaux ; nous le décrivons comme « corps de ryukin, queue de wakin ». Ses dérivés, tamanishiki, fukudaruma et koshi no nishiki, suivent la même logique.

Hiver dehors en France : oui pour le tamasaba et ses dérivés. Non conseillé pour le ryukin et le demekin, sans l’interdire : dehors l’été, à l’abri du gel l’hiver, ou dans un bassin profond en acceptant le risque. Non pour le tosakin, qui est un poisson de bac rond et peu profond.

Groupe 3 : le type oranda (オランダ型)

Corps de ryukin, nageoire dorsale présente, et une bosse charnue sur la tête, le nikuryū, qui se développe avec l’âge. L’oranda est le modèle ; l’azumanishiki en est la forme calico. La bosse est un tissu fragile, sujet aux infections en eau sale ou froide, et le corps a les défauts du groupe 2. Le tamasaba n’a jamais de bosse : c’est l’un des critères qui le distinguent d’un oranda à queue simple, le sabao, un poisson chinois non reconnu au Japon.

Hiver dehors en France : déconseillé. Les orandas se tiennent en aquarium ou en bac, dehors l’été au plus.

Groupe 4 : le type ranchu (ランチュウ型)

Sans nageoire dorsale, dos arrondi en arc, tête à bosse, queue double courte portée bas. Le ranchu est le poisson de concours par excellence, jugé de dessus ; l’edonishiki en est la forme calico, le shukin un dérivé à corps plus long. Sans dorsale, le ranchu nage encore moins bien que le ryukin et ne se défend pas face à un wakin. Il est élevé au Japon dans des bacs bas, seuls entre eux.

Hiver dehors en France : non. Le ranchu passe l’hiver à l’abri, au frais mais hors gel. Un bassin de jardin n’est pas fait pour lui.

Groupe 5 : les poissons rouges régionaux (地金魚)

Ce groupe n’est pas une forme mais un statut : des variétés locales, souvent protégées, nées dans une région et maintenues par des associations d’éleveurs. On y trouve le jikin d’Aichi, monument naturel depuis 1958 ; le tosakin de Kōchi, monument naturel depuis 1969 ; le nankin de Shimane et l’izumo nankin ; le Shōnai de Yamagata, poisson à queue simple et rustique, père présumé du tamasaba ; et le tamasaba de Niigata lui-même. Chacun se range aussi, par sa forme, dans l’un des quatre premiers groupes : jikin et Shōnai avec les wakin, tosakin et tamasaba avec les ryukin, nankin avec les ranchu.

Pour le bassin français : les régionaux du nord, Shōnai et tamasaba, viennent de régions à neige et passent l’hiver dehors ; ceux du sud, jikin, tosakin, nankin, sont des poissons de bac que l’on protège.

Le tableau du site

Variété Groupe par la forme Queue Hiver dehors en France
Wakin wakin simple ou double courte oui
Comète, sarasa wakin simple longue oui
Shubunkin wakin simple longue oui
Jikin wakin, régional (Aichi) double courte en X non documenté, avec réserve
Shōnai wakin, régional (Yamagata) simple oui
Tamasaba ryukin, régional (Niigata) simple, courte à longue oui
Tamanishiki, fukudaruma ryukin, dérivés du tamasaba simple oui
Ryukin ryukin double longue déconseillé
Demekin ryukin double déconseillé
Tosakin ryukin, régional (Kōchi) double retournée non
Oranda oranda double longue déconseillé
Ranchu ranchu double courte non

« Oui » suppose un bassin dont le fond ne gèle pas et l’arrêt du nourrissage sous 9 °C ; les règles sont dans l’hivernage des poissons rouges en France et poisson rouge en bassin extérieur toute l’année. « Déconseillé » signifie que des amateurs le font dans des bassins profonds, avec des pertes certaines années.

Ce que la grille ne dit pas

Elle ne compte pas les variétés. All About en reconnaît 22 ; le 『金魚図鑑』 de Shogakukan, en 2023, en recense plus de 300 et donne au tamasaba son propre groupe. Nous décrivons ici les variétés que l’on rencontre en France et celles qui éclairent le tamasaba ; le reste est au glossaire.

Elle ne dit rien non plus de la taille adulte, qui dépend du volume et de la nourriture plus que de la variété ; voir quel volume de bassin pour des poissons rouges. La cohabitation avec les koï est traitée dans tamasaba et carpes koï dans le même bassin et sur koi-shop.fr.

Questions fréquentes

Quel poisson rouge japonais pour un bassin extérieur en France ?

Un poisson du groupe wakin, comète, sarasa, shubunkin ou wakin, ou le tamasaba si l’on veut un corps rond. Tous passent l’hiver dehors dans un bassin qui garde une zone hors gel.

Le tamasaba est-il un ryukin ?

Il en a le corps, pas la queue, et il est né d’un croisement du ryukin avec un poisson local à queue simple, le Shōnai selon la plupart des sources. Les Japonais le classent parmi les poissons rouges régionaux de Niigata.

Oranda et ranchu peuvent-ils vivre dans un bassin ?

L’été, oui, dans un bassin sans poissons rapides. L’hiver, non : les sources japonaises et notre expérience du climat breton s’accordent pour les rentrer.

Où trouver la définition d’un mot de cette page ?

Au glossaire du poisson rouge japonais, et dans la FAQ du site.

Sources

  • Base de faits tamasaba.fr (SOCLE §3 et §4).
  • AQUALASSIC, « 金魚の世界 » (classification en cinq groupes, 玉サバ et 庄内金魚 comme 地金魚), https://www.aqualassic.com/kingyo_world/
  • All About, « 金魚の種類図鑑 » (22 variétés reconnues), https://allabout.co.jp/gm/gc/416011/
  • All About, « 地金 », https://allabout.co.jp/gm/gc/406238/ ; « 土佐錦 », https://allabout.co.jp/gm/gc/406213/ ; « 朱文金・コメット », https://allabout.co.jp/gm/gc/407511/
  • Université de Yamaguchi, « 金魚の飼い方 » (hivernage des variétés à corps court), https://petit.lib.yamaguchi-u.ac.jp/39/files/145167
  • 『金魚図鑑』, Shogakukan, 2023 (plus de 300 variétés, groupe 玉サバ), https://www.maruzenjunkudo.co.jp/products/9784092172944
  • Wikipédia JA, « タマサバ », https://ja.wikipedia.org/wiki/タマサバ ; Wikipédia EN, « List of goldfish varieties », https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_goldfish_varieties
  • Nextdaykoi, « Sabao vs tamasaba », https://nextdaykoi.com/?p=509