Reproduction du poisson rouge en bassin

Un bassin de poissons rouges se reproduit tout seul dès que l’eau atteint 18 à 20 °C au printemps : les mâles se couvrent de boutons de noce, poursuivent les femelles au petit matin, et des milliers d’œufs collent aux plantes. Ce qui ne se fait pas tout seul, c’est d’obtenir des alevins : les parents mangent les œufs, puis les alevins. Ce guide suit la saison, de la ponte au tri, et dit ce qui change pour le tamasaba (玉サバ) : rien, ou presque, il se reproduit comme les autres poissons rouges (Carassius auratus).

La saison : quand l’eau passe 18 à 20 °C

Au Japon, Tokyo Aqua Garden situe les pontes de mars à mai, puis de septembre à novembre, avec un optimum autour de 20 °C, et signale que la reproduction s’arrête en été, l’eau au-dessus de 27 °C devenant défavorable. Transposé au climat français, cela donne une saison principale d’avril à juin selon la région : fin avril en Méditerranée et dans le Sud-Ouest, mai en Bretagne et dans le Nord, parfois juin dans l’Est après un hiver long. Une seconde fenêtre s’ouvre en septembre dans le Midi quand l’eau redescend sous 25 °C ; en Bretagne, elle est rare. Un changement d’eau partiel, quand le bassin frôle 20 °C, déclenche souvent la ponte dans les jours qui suivent : le déclencheur est une eau fraîche et neuve qui imite une pluie de printemps.

Une femelle pond plusieurs fois par saison, toutes les une à trois semaines selon Tokyo Aqua Garden, et chaque ponte compte plus de 500 œufs, parfois jusqu’à 5 000 chez une grosse femelle. Un bassin de six poissons rouges adultes produit donc, sur un printemps, des dizaines de milliers d’œufs. Que presque tous disparaissent est heureux : le bassin ne les nourrirait pas.

Reconnaître mâles et femelles : les boutons de noce

Hors saison, distinguer un mâle d’une femelle est difficile. Au printemps, c’est facile. Les mâles adultes se couvrent de petits points blancs durs et réguliers, les boutons de noce (追星 oiboshi), sur les opercules et le premier rayon des nageoires pectorales. Tokyo Aqua Garden en fait le critère de sexage le plus sûr, en recommandant de regarder les joues. Ces points ne doivent pas être confondus avec la maladie des points blancs, dispersés sur tout le corps : voir poisson rouge malade, les signes. Les femelles s’arrondissent du ventre, souvent de façon asymétrique, et leur orifice génital saille légèrement.

La ponte a lieu à l’aube. Deux ou trois mâles poursuivent une femelle, la poussent dans les plantes des bords, elle expulse ses œufs par salves, ils les fécondent. Le vacarme dans les cératophylles au lever du jour, les éclaboussures, parfois une femelle épuisée qui se repose ensuite : voilà la scène. Elle dure deux à trois heures, puis tout se calme.

La ponte sur les plantes

Les œufs du poisson rouge sont adhésifs : fécondés, ils collent à ce qu’ils touchent. En bassin, ce sont les plantes submergées à feuilles fines, cératophylle, myriophylle en épi, pesse d’eau, et les racines des plantes de berge. Tokyo Aqua Garden recommande une plante ou un support de ponte artificiel, parce qu’il permet de déplacer les œufs sans les toucher. Le support classique est une brosse de ponte en fibres synthétiques, ou une poignée de cératophylle lestée, posée dans la zone des bords où les mâles poussent les femelles. Les œufs tombés au fond peuvent être prélevés à la pipette. Jamais de jacinthe d’eau, que citent les guides japonais : elle est interdite dans l’Union européenne. Voir quelles plantes avec des poissons rouges en bassin.

Un œuf fécondé mesure environ 1,5 mm, il est translucide, légèrement ambré. Un œuf non fécondé devient blanc et opaque en deux à trois jours ; il se couvre alors de moisissure qui gagne les voisins, et on le retire. Une goutte de bleu de méthylène dans le bac d’incubation limite la moisissure, selon Tokyo Aqua Garden, qui cite les œufs non fécondés comme première cause d’échec et la moisissure comme deuxième.

Les parents mangent les œufs, puis les alevins

C’est la règle, pas l’exception. Le poisson rouge mange tout ce qui tient dans sa bouche, et ses propres œufs en font partie : Tokyo Aqua Garden recommande de déplacer les œufs dans un bac séparé dès la ponte, et ajoute qu’un adulte qui se gave d’œufs peut en être malade. Dans un bassin planté et vaste, quelques œufs échappent au nettoyage, quelques alevins survivent dans les racines, et c’est ainsi qu’un bassin « fait des petits » sans qu’on s’en occupe : trois ou quatre jeunes bronze découverts en août. Pour en obtenir des dizaines, il faut sortir les œufs.

La méthode : le matin de la ponte, on retire la brosse ou la touffe de cératophylle couverte d’œufs et on la pose dans un bac de 40 à 100 litres rempli d’eau du bassin, à l’ombre, avec une aération très faible, au même endroit pour garder la même température. L’autre méthode, pour qui veut choisir les parents, est d’isoler un trio, deux mâles et une femelle, dans un bac de ponte avec un support, et de retirer les parents après la ponte. C’est ainsi que travaillent les éleveurs de Niigata pour le tamasaba, et c’est la seule façon d’obtenir une descendance d’un couple précis.

L’éclosion et les premiers jours

L’incubation dépend de la température : environ 5 jours à 20 °C, 4 jours à 22 °C, 3 jours à 24 °C, selon Tokyo Aqua Garden, qui recommande de viser 4 jours, une éclosion trop rapide donnant des alevins plus faibles. Le nouveau-né, que les Japonais appellent harigo (針仔, « petit aiguille »), mesure 3 à 5 mm, reste collé aux parois ou au fond, et vit sur sa vésicule vitelline pendant deux ou trois jours. Il ne mange pas, on ne lui donne rien.

Au troisième jour, il nage à l’horizontale et il faut le nourrir, quatre à cinq fois par jour, en très petites quantités : infusoires, nauplies d’artémia fraîchement écloses, eau verte (phytoplancton) ou poudre pour alevins. Tokyo Aqua Garden recommande les nauplies d’artémia pour leur richesse en phosphore, utile au squelette. Pas de changement d’eau les deux premières semaines : on siphonne les déchets à la pipette et on complète avec de l’eau reposée à la même température. La première cause de mortalité des alevins est la faim ; la deuxième, l’eau froide d’un changement mal fait.

Du bronze au rouge : la décoloration

Tous les alevins de poisson rouge naissent de la couleur du poisson sauvage : gris-bronze, puis brun foncé. Tokyo Aqua Garden découpe la croissance en trois stades. Le harigo jusqu’à deux semaines ; l’aoko (青仔) de deux semaines à un mois, 1 à 2 cm, gris-argent à brun ; le kuroko (黒仔) de un à trois mois, 2 à 4 cm, brun-noir. La décoloration (褪色 taishoku) commence au stade kuroko : le noir s’efface par plaques et laisse apparaître le rouge, le blanc ou l’orange définitifs. La source ne donne pas d’âge précis, et il varie en effet : certains jeunes virent à six semaines, d’autres restent bronze jusqu’à l’hiver et se colorent au printemps suivant. Un jeune encore bronze en octobre n’est pas un raté, c’est un ao-ko, un « non décoloré » dans le vocabulaire des éleveurs. Pour le tamasaba comme pour le wakin, une part de la portée reste bronze toute sa vie : ces sujets sont écartés par les éleveurs, mais ils sont parfaitement sains.

Chez les variétés à écailles nacrées, shubunkin ou tamanishiki, la couleur se construit autrement, par apparition progressive du bleu, du noir et du rouge sur un fond clair. Voir le shubunkin et le tamanishiki et les dérivés du tamasaba.

Le tri

Un éleveur japonais trie plusieurs fois, et c’est ce tri qui fait la valeur de ses poissons. Tokyo Aqua Garden situe le premier tri au stade aoko, vers trois semaines : on écarte les alevins à colonne tordue, à nage anormale, et les sujets chétifs, que l’on place à part ou que l’on élimine. Une station piscicole de Niigata montre un premier tri de jeunes koï à 24 jours ; pour les poissons rouges, l’ordre de grandeur est le même. Le deuxième tri porte sur la queue dès qu’elle est lisible, vers 2 à 3 cm : chez le tamasaba, on garde la queue simple bien fendue, ni trop longue ni asymétrique ; chez le wakin ou le ryukin à queue double, on écarte les queues simples ou à trois lobes. Le troisième tri suit la décoloration, vers 4 à 6 cm : couleur, motif, forme du corps. Un amateur n’a pas besoin de cette rigueur, mais il doit trier pour une raison simple : la densité. Mille alevins dans 100 litres ne grandissent pas ; cent alevins le font.

Le cannibalisme entre jeunes commence vers un mois, dès 1 cm, et Tokyo Aqua Garden fixe la zone de danger à un écart de taille du simple au double. On sépare donc les jeunes par taille, en deux ou trois bacs. Les jeunes rejoignent le bassin des adultes quand ils ne tiennent plus dans la bouche d’un adulte, soit 5 à 6 cm pour un bassin de tamasaba de 25 cm, en général à la fin du premier été ou au printemps suivant. Un jeune de l’année est un tosai (当歳) ; c’est à cet âge que la plupart des tamasaba sont vendus en France.

Le cas du tamasaba

Le tamasaba se reproduit exactement comme les autres poissons rouges : même saison, mêmes boutons de noce, même ponte sur les plantes, mêmes alevins bronze. Deux particularités seulement. D’abord la taille des géniteurs : une femelle de 25 cm pond beaucoup et des œufs plus gros, et il lui faut un bac de ponte en proportion. Ensuite la ségrégation des caractères : issu du croisement du ryukin et d’un poisson rouge local à queue simple, le tamasaba redonne dans sa descendance des corps plus allongés, des queues plus longues, parfois une queue double, et c’est pour cela que le tri à la queue est décisif. Un éleveur français le reproduit depuis 2019 environ en Loire-Atlantique ; le détail des reproductions à Lesneven.

Les chiffres à retenir

Température de ponte autour de 20 °C ; défavorable au-dessus de 27 °C (Tokyo Aqua Garden)
Fréquence toutes les 1 à 3 semaines en saison ; 500 à 5 000 œufs par ponte
Incubation 5 jours à 20 °C, 4 jours à 22 °C, 3 jours à 24 °C
Œufs blancs non fécondés, en 2 à 3 jours ; à retirer
Premier repas 3 jours après l’éclosion, 4 à 5 fois par jour
Stades harigo jusqu’à 2 semaines ; aoko 1 à 2 cm ; kuroko 2 à 4 cm, décoloration
Premier tri vers 3 semaines, sur les déformations
Cannibalisme dès 1 cm, à partir d’un écart de taille du simple au double
Retour au bassin 5 à 6 cm

Questions fréquentes

Mes poissons rouges se poursuivent et s’éclaboussent le matin, se battent-ils ?

Non, ils pondent. Les mâles poussent la femelle dans les plantes. Cela dure deux ou trois heures, puis cesse. Si une femelle paraît épuisée et se tient à part ensuite, on la laisse tranquille ; on ne l’isole que si elle est blessée.

Pourquoi n’ai-je jamais d’alevins alors que mes poissons pondent chaque année ?

Parce que les adultes mangent les œufs le jour même, puis les rares alevins. Pour en obtenir, on sort les œufs sur leur support dans un bac séparé le matin de la ponte.

Mes jeunes sont tous bruns, ai-je des poissons sauvages ?

Non, tous les alevins de poisson rouge naissent bronze. La couleur vient avec la décoloration, entre six semaines et un an. Quelques-uns resteront bronze : c’est normal dans toute portée.

Un tamasaba et un comète peuvent-ils se croiser ?

Oui, ce sont deux poissons rouges, et dans un bassin mixte ils le font. La descendance est viable, à queue simple, de corps intermédiaire, et n’est ni l’un ni l’autre. Pour reproduire une variété, on isole un trio de la même variété.

Sources

  • Tokyo Aqua Garden, « 金魚の卵 » : saison, 20 °C, 27 °C, 500 à 5 000 œufs, toutes les 1 à 3 semaines, œufs sur les plantes, parents qui mangent les œufs, incubation par température, œufs blancs, bleu de méthylène, premier repas à 3 jours, 4 à 5 repas, cannibalisme à 1 cm. t-aquagarden.com
  • Tokyo Aqua Garden, « 金魚の稚魚 » : stades harigo, aoko, kuroko, tailles, décoloration au stade kuroko, premier tri au stade aoko, changements d’eau. t-aquagarden.com
  • Tokyo Aqua Garden, « 金魚の飼い方完全ガイド », sexage par les boutons de noce (joues et pectorales), section reproduction. t-aquagarden.com
  • Préfecture de Niigata, station d’aquaculture d’eau douce, page sur l’élevage des jeunes : premier tri vers 24 jours. pref.niigata.lg.jp
  • Base de faits tamasaba.fr (SOCLE du 21 octobre 2026) : origine ryukin × poisson rouge local à queue simple, éleveur français depuis ~2019 (France 3, 2022).