Poisson rouge malade : les signes

Un poisson rouge malade se repère au repas, avant que la maladie ne soit visible sur le corps. Il monte moins vite, il reste à l’écart, il tient sa dorsale couchée. Repérer ces changements, vérifier l’eau, isoler le poisson dans un bac de sel à 0,5 %, et savoir à quel moment la suite relève d’un vétérinaire : c’est la méthode de ce guide, qui vaut pour le tamasaba (玉サバ) comme pour tous les poissons rouges (Carassius auratus) de bassin.

Pourquoi observer au repas

Un poisson rouge en bonne santé a un comportement répétitif. Il monte dès qu’une ombre passe au bord du bassin, il se dispute les granulés, il nage droit, dorsale dressée, et il redescend. Cette scène se joue deux fois par jour pendant six mois. C’est parce qu’elle se répète que l’œil repère tout de suite celui qui ne fait pas comme les autres. Tokyo Aqua Garden le dit à propos des poissons rouges comme des medakas : le secret de la longévité, c’est la détection précoce et une réaction rapide. Un trouble léger se règle avec de l’eau neuve et du sel ; une maladie déclarée demande un traitement, et parfois il est trop tard.

Chez nous à Lesneven, le nourrissage sert de tournée d’inspection : on compte, on regarde qui monte, on regarde les corps de dessus. Trente secondes par bassin. Le guide du nourrissage selon la température explique pourquoi le repas est aussi le moment où l’on juge l’eau.

Les signes, un par un

La position et la nage

Le signe le plus précoce, cité en premier par Tokyo Aqua Garden : un poisson posé au fond, immobile, la dorsale couchée, en dehors de l’hiver. Viennent ensuite le poisson qui reste seul dans un angle, celui qui se tient à la surface la tête en haut, celui qui se frotte au décor ou aux parois (parasites, irritation des branchies), et celui qui nage en zigzag, en vrille ou sur le flanc. Chez les variétés à corps rond, un poisson qui flotte le ventre en l’air après le repas souffre souvent d’un trouble de la vessie natatoire lié à l’air gobé en surface : voir plus bas ce qui est normal et ce qui ne l’est pas.

L’appétit

C’est l’indicateur le plus fiable. Un poisson rouge qui ne se précipite plus, qui prend le granulé et le recrache, ou qui regarde les autres manger, a un problème. Kyorin ajoute une lecture utile : quand toute la troupe mange avec moins d’entrain que d’habitude, c’est l’eau qui est en cause, et le fabricant conseille alors de changer la moitié ou les deux tiers du volume et de suspendre les repas deux ou trois jours.

Les nageoires

Elles doivent être ouvertes, tendues, transparentes au bord. Une caudale fermée en pinceau, une dorsale couchée en permanence, des bords qui blanchissent, s’opacifient ou s’effilochent sont les premiers stades de la pourriture des nageoires. Un semis de points blancs d’un millimètre, sur les nageoires puis le corps, est l’ichthyophthiriose, le « point blanc ». Les deux se soignent bien quand elles sont vues tôt.

Le corps et les écailles

Des rougeurs à la base des nageoires ou sur le ventre, des écailles qui se soulèvent en pomme de pin avec un ventre gonflé (hydropisie), un voile blanc cotonneux, un ulcère rond à bord blanc, une bosse ou une tache qui grossit : ce ne sont plus des signes de stress mais des maladies déclarées. Une pâleur générale, en revanche, est le plus souvent une réponse au stress, transport, changement d’eau, prédateur, et disparaît en un ou deux jours.

La respiration

Un poisson rouge ne vient pas gober l’air en temps normal. Des poissons qui pipent à la surface au petit matin manquent d’oxygène : eau trop chaude, bassin vert, trop de poissons, filtre arrêté. Une respiration rapide, opercules qui battent vite au repos, oriente vers une atteinte des branchies ou une intoxication par l’ammoniaque ou les nitrites. On ouvre doucement l’opercule d’un poisson que l’on tient : des branchies rouge vif sont saines ; pâles, brunes ou gonflées, elles ne le sont pas.

Les excréments

Tokyo Aqua Garden en fait un signe à part entière. Des excréments longs, filants, blancs, qui flottent ou contiennent des bulles signalent une digestion perturbée, par excès de nourriture ou eau trop froide. La réponse est simple : trois jours de jeûne, puis une ration réduite. Un excrément court, foncé, qui coule, est normal.

Ce qui est normal et ne doit pas inquiéter

  • L’hiver. Sous 10 °C, le poisson rouge ralentit ; vers 5 °C, il se tient au fond, immobile, et ne mange plus. C’est l’hivernage, pas une maladie. On ne le sort pas, on ne le soigne pas. Voir l’hivernage des poissons rouges en France.
  • Les boutons de noce. Au printemps, les mâles se couvrent de petits points blancs durs sur les opercules et les rayons des pectorales. Rangés en lignes, limités à ces zones, ce ne sont pas des points blancs de maladie. Voir la reproduction du poisson rouge en bassin.
  • Une femelle pleine. Un ventre asymétrique et souple en mai est une femelle prête à pondre, pas une hydropisie, où le ventre est dur et les écailles soulevées.
  • Les premiers jours. Après un transport, un poisson pâlit et se cache un ou deux jours. Tokyo Aqua Garden note que le tamasaba est sensible aux changements de milieu et recommande un bain de sel à 0,5 % à l’arrivée pour le remettre d’aplomb.
  • La décoloration des jeunes. Un jeune bronze qui vire au rouge, ou un rouge qui perd une tache, ne fait que sa décoloration (褪色). Rien à traiter.

La démarche en trois temps

1. L’eau d’abord

Avant de chercher une maladie, on cherche une cause. Température mesurée dans l’eau. Odeur. Aliment ou feuilles mortes qui pourrissent au fond. Ammoniaque et nitrites si le bassin a moins de deux mois, si le filtre a été nettoyé à l’eau du robinet, ou si beaucoup de poissons sont arrivés d’un coup. Oxygène si la scène se joue à l’aube en été. Dans la majorité des cas, le signe observé s’explique là, et un changement d’un tiers à la moitié de l’eau, à la même température, avec une eau reposée ou conditionnée, est la première mesure et souvent la seule. Cinq poissons qui montrent le même signe le même jour, c’est le bassin qui a un problème, pas les poissons.

2. Isoler et saler

Si un seul poisson est touché, ou si le signe est net, on le sort dans un bac séparé : un bac de 40 à 80 litres pour un poisson de 15 à 25 cm, rempli de l’eau du bassin, avec une aération douce, à l’ombre, couvert d’un filet car un poisson rouge saute. On y dissout du sel non iodé, sans additif, à raison de 5 g par litre, soit 0,5 %, la concentration que donnent Tokyo Aqua Garden et Kyorin. Pendant la durée du bain, environ une semaine selon Tokyo Aqua Garden, on renouvelle chaque jour la moitié de l’eau ou plus, en resalant l’eau neuve à la même dose, et on ne nourrit pas ou très peu. À la fin, on dilue sur trois jours avant de remettre le poisson au bassin. Le sel ne va jamais dans le bassin lui-même : il tuerait les plantes et ne ferait rien à la cause. Le bain de sel soulage le poisson, limite les parasites externes et les bactéries de surface, et suffit pour un début de pourriture des nageoires, un frottement, une baisse de forme après transport.

3. Observer, puis décider

On regarde le poisson isolé deux fois par jour : il mange ou non, les lésions s’étendent ou régressent. Un poisson rouge qui reprend l’aliment après deux ou trois jours de repos et de sel est sur la bonne voie. Un poisson dont les lésions progressent malgré une eau propre et du sel, un ventre qui gonfle, des ulcères, une respiration qui s’accélère, relèvent d’un traitement, et c’est ici que la réglementation entre en jeu.

Quand consulter, et pourquoi on ne trouve plus de médicaments en rayon

Depuis le 28 janvier 2022, le règlement (UE) 2019/6 sur les médicaments vétérinaires s’applique dans toute l’Union. Les antibiotiques, les antiparasitaires médicamenteux et la plupart des antifongiques destinés aux poissons sont des médicaments vétérinaires, délivrés sur ordonnance d’un vétérinaire, et les antibiotiques ne peuvent pas être utilisés en prévention. C’est la raison pour laquelle les produits que l’on trouvait autrefois en animalerie ont disparu ou ont été reformulés, et pour laquelle les conseils japonais ou américains qui citent tel ou tel médicament ne se transposent pas en France. Ce qui reste en vente libre : le sel, les conditionneurs d’eau, les produits à base de plantes ou d’huiles essentielles, dont l’effet est variable.

Concrètement, on consulte un vétérinaire quand le bain de sel et l’eau neuve n’ont rien changé en trois à cinq jours, quand plusieurs poissons sont touchés, ou devant une hydropisie, des ulcères, une mortalité qui s’enchaîne. Tous les vétérinaires ne traitent pas les poissons ; ceux qui suivent les koï le font, et un tamasaba de 25 cm est un patient comme un autre. Un vétérinaire peut prélever, examiner au microscope, prescrire le bon produit à la bonne dose. Un sujet de valeur, un nisai à 130 € ou plus, le justifie largement, et un lot de poissons d’un bassin aussi.

Les chiffres à retenir

Bain de sel 0,5 %, soit 5 g par litre, en bac séparé (Tokyo Aqua Garden, Kyorin)
Durée environ une semaine, moitié de l’eau renouvelée chaque jour (Tokyo Aqua Garden)
Retour au bassin dilution sur 3 jours
Eau douteuse changer 1/2 à 2/3, arrêter les repas 2 à 3 jours (Kyorin)
Excréments anormaux 3 jours de jeûne (Tokyo Aqua Garden)
Repos hivernal ralentissement sous 10 °C, arrêt vers 5 °C (Tokyo Aqua Garden)
Quarantaine d’un nouveau poisson 2 à 3 semaines en bac séparé, bain de sel à l’arrivée
Médicaments sur ordonnance vétérinaire, règlement (UE) 2019/6

Questions fréquentes

Mon poisson rouge reste au fond sans bouger, est-il malade ?

Si l’eau est sous 9 °C, non : il hiverne. Si l’eau est à 20 °C, que la dorsale est couchée et que les autres nagent, oui. On vérifie l’eau et on l’isole.

Puis-je mettre du sel directement dans le bassin ?

Non. À 0,5 %, le sel brûle les plantes, et à dose plus faible il ne soigne rien. Le bain se fait dans un bac à part, où l’on contrôle la dose et le renouvellement.

Les points blancs sur la tête de mon mâle au printemps, c’est grave ?

Non, ce sont les boutons de noce, limités aux opercules et aux pectorales, en lignes régulières. Le point blanc de maladie est dispersé sur tout le corps et les nageoires, et le poisson se frotte.

Mon tamasaba flotte le ventre en l’air après le repas

Il a gobé de l’air en mangeant des granulés flottants, ce qui arrive aux corps ronds. On passe à un granulé coulant, on réduit la ration, et on fait jeûner trois jours. Si le poisson reste à l’envers en permanence, c’est une atteinte de la vessie natatoire, difficile à soigner.

Sources

  • Tokyo Aqua Garden, « 金魚の飼い方完全ガイド », sections santé et hivernage : signes d’alerte, bain de sel à 0,5 % environ une semaine avec renouvellement quotidien, ralentissement sous 10 °C et arrêt vers 5 °C. t-aquagarden.com
  • Tokyo Aqua Garden, « 金魚の病気 », symptômes par maladie, bain de sel à 0,5 % au stade précoce. t-aquagarden.com
  • Tokyo Aqua Garden, « 金魚の塩水浴とは », méthode du bain de sel. t-aquagarden.com
  • Tokyo Aqua Garden, fiche 玉サバ : bain de sel à 0,5 % à l’introduction, sensibilité aux changements de milieu. t-aquagarden.com
  • Kyorin (Hikari), « 金魚の飼育方法 » : appétit faible comme signe d’eau dégradée, changement de 1/2 à 2/3 et arrêt des repas 2 à 3 jours, bac de sel pour les nouveaux poissons. kyorin-net.co.jp
  • Règlement (UE) 2019/6 du 11 décembre 2018 relatif aux médicaments vétérinaires, applicable depuis le 28 janvier 2022.