Un poisson rouge à queue simple passe l’hiver dehors partout en France, du moment que le bassin a une zone qui ne gèle pas, que l’eau reste en place et qu’on cesse de le nourrir. Sous 10 °C il se tient au fond et ne mange plus, sous 5 °C il hiverne. La surface peut geler, pas le volume. Ce qui le tue, ce n’est pas le froid : c’est un bassin trop peu profond, un repas donné en décembre, ou un propriétaire qui casse la glace à coups de marteau. Ce guide suit les régions françaises une à une.
Ce qui se passe dans le poisson quand l’eau refroidit
Le poisson rouge, Carassius auratus, est un poisson à sang froid dont le métabolisme suit la température de l’eau. Les seuils que donne Tokyo Aqua Garden pour l’hivernage (越冬, ettō) sont ceux que nous observons à Lesneven.
- Entre 15 et 28 °C, activité normale, appétit, croissance.
- Sous 15 °C, l’appétit baisse. Le poisson mange moins et digère plus lentement.
- Sous 10 °C, il reste immobile près du fond et ne mange plus.
- Sous 5 °C, c’est l’hibernation : il reste groupé avec les autres dans la zone la plus profonde, bouge à peine, ne mange rien, et ne meurt pas de faim.
Le même site insiste : une température intermédiaire et instable est plus dangereuse que le froid franc. C’est pour cela que l’hiver breton, doux et changeant, demande plus de discipline que l’hiver alsacien.
Un poisson rouge en hivernage réussi ne se voit presque pas. Un poisson qui nage en surface en janvier, qui flotte de travers ou qui se frotte est soit dérangé, soit malade : voir les signes d’un poisson rouge malade.
Quelles variétés restent dehors
Les variétés à corps allongé et queue simple hivernent dehors : wakin, comète, sarasa, shubunkin, et le tamasaba (玉サバ), créé à Niigata pour cela et que Tokyo Aqua Garden décrit comme très résistant au froid. Les corps courts à queue double rentrent : ranchu, ryukin, demekin, pingpong pearl selon le même site, et le manuel de l’Université de Yamaguchi dit la même chose des nageoires longues. Le détail est dans le poisson rouge en bassin extérieur toute l’année.
Même chez les rustiques, Tokyo Aqua Garden rentre les jeunes de l’année encore petits, les sujets âgés et les sujets affaiblis. Un alevin de 3 cm en octobre n’a pas de réserves.
La profondeur hors gel : la seule vraie protection
Un bassin n’hiverne pas grâce à sa surface mais grâce à son fond. L’eau à 4 °C est la plus dense : elle reste en bas, sous la couche qui gèle. Tant que le poisson a de l’eau liquide autour de lui, il vit. La question est donc : jusqu’où descend le gel chez vous ?
En Bretagne, la glace tient rarement plus de deux ou trois jours. Dans l’Est, elle peut tenir une à deux semaines. L’estimateur de bassin d’À Flore d’Eau fixe 1,20 m de profondeur minimale pour un bassin à koï, contre le gel et les hérons. Pour des poissons rouges seuls, une zone profonde moindre suffit dans l’Ouest et le Sud. Un bassin préformé de 30 à 40 cm de profondeur n’est un bassin d’hivernage nulle part en France sauf sur la côte méditerranéenne.
Tokyo Aqua Garden ajoute : garder le niveau au maximum, un petit volume gelant plus vite et plus profond, et isoler au polystyrène les parois d’un contenant hors sol. Un bassin enterré n’a pas ce problème.
Arrêter de nourrir : le geste le plus difficile
Sous 10 °C, le poisson rouge ne digère plus. Un aliment avalé stagne dans l’intestin ; un aliment non avalé pourrit dans une eau que le froid n’épure plus. Tokyo Aqua Garden est catégorique : arrêt complet pendant l’hivernage, le poisson ne meurt pas de faim. Le seuil que nous appliquons est de 9 °C, mesuré dans l’eau le matin, pas sur le thermomètre de la terrasse.
La préparation commence en octobre, écrit le même site : on réduit les rations, on ajoute des plantes pour les cachettes. Entre 15 et 10 °C, un repas par jour puis un jour sur deux. Les réserves d’hiver se font en septembre, pas en décembre. Le détail saison par saison est dans nourrir les poissons rouges selon la température.
Un redoux de janvier qui remonte l’eau à 12 °C l’après-midi ne justifie pas un repas. La nuit suivante ramène l’eau sous 9 °C avec la nourriture dedans.
Le trou dans la glace
Une plaque de glace de quelques millimètres ne gêne pas les poissons, écrit Tokyo Aqua Garden. Ce qui pose problème, c’est une glace continue plusieurs jours sur un bassin chargé en feuilles mortes : les gaz s’accumulent et l’oxygène ne se renouvelle plus. On garde donc un trou d’échange, de trois façons.
- Un aérateur à bulles posé à mi-profondeur, pas au fond : le remous empêche la surface de prendre à cet endroit sans brasser la couche chaude du fond.
- Une pompe de surface ou le filtre laissé en marche, à condition que l’aspiration ne soit pas au fond du bassin, pour la même raison.
- Un objet flottant posé avant le gel, balle ou bouteille à moitié remplie, qu’on retire le matin ; ou une casserole d’eau chaude posée sur la glace.
Ce qu’on ne fait pas : casser la glace à coups d’outil. Les ondes de choc blessent les poissons et les réveillent.
Région par région
Les chiffres de gel viennent des fiches climatologiques Météo-France 1991-2020, déjà dépouillées pour les calendriers régionaux de medaka.fr.
Bretagne et façade atlantique. Brest compte 14 nuits de gel par an, Rennes et Nantes une trentaine, presque toutes courtes. Le cas le plus facile pour le gel, le plus piégeux pour le nourrissage : les redoux à 11 ou 12 °C en janvier sont fréquents et l’eau redescend chaque nuit. Chez nous à Lesneven, les poissons rouges hivernent dehors sans protection particulière.
Nord, Bassin parisien, Normandie. 37 nuits de gel par an à Lille, 33 à Rouen, 29 à Caen, 21 à Paris-Montsouris où la ville adoucit tout. Le mois le plus froid est à 4 ou 5 °C de moyenne et le gel tient parfois une semaine. Il faut une vraie zone profonde et un trou dans la glace entretenu.
Est, Bourgogne, Lyon, Massif central. Une soixantaine de nuits de gel par an à Strasbourg, Nancy et Dijon, janvier sous 3 °C de moyenne, des minimales moyennes autour de 0 °C. La glace prend la plupart des nuits de décembre à février et tient parfois deux semaines. La profondeur ne se discute pas, l’aérateur tourne tout l’hiver.
Sud-Ouest. 23 nuits de gel à Bordeaux, 27 à Toulouse, concentrées de décembre à février et presque toutes courtes ; première gelée vers le 23 novembre, dernière vers le 13 mars. Un bassin de profondeur moyenne suffit. Le piège est le même qu’en Bretagne : les redoux.
Méditerranée et Corse. 7 à 8 °C de moyenne en janvier à Marseille et Montpellier, 9 à 10 °C à Nice et Ajaccio ; une vingtaine de nuits de gel à Marignane par mistral, aucune à Nice. L’eau descend rarement sous 5 °C : les poissons rouges hivernent à peine. Le piège est inverse : un redoux de décembre à 15 °C relance l’appétit. On suit le thermomètre du matin, pas le calendrier.
Ce qu’on ne fait pas
- Nourrir « un peu, pour être sûr ».
- Changer l’eau. On complète l’évaporation avec de l’eau à la même température, on ne vide rien.
- Casser la glace à l’outil.
- Déplacer les poissons en plein hiver. Un transfert vers un bac intérieur se décide en octobre, avant que le poisson soit au repos.
- Nettoyer le fond. Les feuilles et la vase abritent les poissons et les bactéries ; Tokyo Aqua Garden explique pourquoi le grand nettoyage attend le printemps.
- Laisser le bassin ouvert sous un arbre sans filet : les feuilles consomment l’oxygène sous la glace.
La reprise au printemps
Quand l’eau du matin dépasse 10 °C plusieurs jours de suite, une pincée tous les deux jours. À 15 °C, un repas par jour. Au-dessus de 18 °C, alimentation normale. C’est le moment de retirer les feuilles, de relancer le filtre et de changer un quart de l’eau au plus. Les pertes de printemps, à la reprise du métabolisme, touchent les poissons arrivés faibles en novembre. Le poisson qui a bien hiverné pond en mai : la reproduction en bassin.
Les chiffres à retenir
| Appétit en baisse | sous 15 °C |
|---|---|
| Arrêt du nourrissage | sous 9 °C, mesuré dans l’eau le matin |
| Hibernation | sous 5 °C |
| Gel | surface tolérée, jamais le volume ; un trou d’échange entretenu |
| Profondeur | 1,20 m avec des koï ; poissons rouges seuls |
| Nuits de gel par an | Brest 14, Bordeaux 23, Paris 21, Lille 37, Strasbourg ~60, Nice 0 |
| Changements d’eau | aucun ; ajouts seulement |
| À rentrer | oranda, ranchu, ryukin, demekin, tosakin ; jeunes trop petits, sujets âgés ou malades |
| Reprise | progressive à partir de 10 °C, normale au-dessus de 18 °C |
Questions fréquentes
Faut-il un chauffage de bassin ?
Non pour les variétés rustiques. Un chauffage flottant anti-gel a un seul rôle : garder un trou dans la glace dans l’Est. Il ne chauffe pas l’eau et ne doit pas le faire.
Mes poissons rouges ont disparu, sont-ils morts ?
Ils sont au fond, immobiles, groupés. On ne les cherche pas à l’épuisette. Un poisson mort flotte.
Le tamasaba hiverne-t-il mieux qu’une comète ?
Aussi bien. Il a été sélectionné pour les hivers de Niigata et les éleveurs de Yamakoshi l’élèvent avec les koï dans des bassins de montagne. Ce qui vaut pour une comète vaut pour lui. Voir aussi quel volume de bassin et la FAQ.
Sources
- Tokyo Aqua Garden, « 金魚を冬に飼育する方法!冬眠はさせたほうが良い? » : seuils 15, 10 et 5 °C, arrêt du nourrissage, glace de surface, niveau haut, polystyrène, variétés sensibles au froid, poissons à rentrer : t-aquagarden.com/column/goldfish_winter
- Tokyo Aqua Garden, « 冬の屋外飼育容器を掃除しないで良い理由 » : t-aquagarden.com/column/winter_cleaning ; « 飼育が難しい金魚の品種9種 » (tamasaba très résistant au froid) : t-aquagarden.com/column/difficult_goldfish
- Université de Yamaguchi, « 金魚の飼い方 » (PDF) : nageoires longues et corps courts hivernent mal dehors.
- Météo-France, fiches climatologiques « Statistiques 1991-2020 et records », stations Brest-Guipavas, Rennes, Nantes, Lille-Lesquin, Paris-Montsouris, Rouen, Caen, Strasbourg-Entzheim, Nancy, Dijon, Bordeaux-Mérignac, Toulouse-Blagnac, Marseille-Marignane, Montpellier, Nice, Ajaccio : meteofrance.s3.sbg.io.cloud.ovh.net, dépouillées pour les calendriers régionaux de medaka.fr : medaka.fr.
- À Flore d’Eau, estimateur de bassin (1,20 m avec des koï) : afloredeau.fr/calculer-mon-bassin.html ; guide de l’hivernage des medakas, pour la méthode commune aux deux sites : medaka.fr.