Un poisson rouge mange les plantes tendres, déracine les autres et retourne la terre des paniers. Il faut donc des plantes qui repoussent plus vite qu’il ne les broute, le cératophylle en tête, des plantes qu’il ne mange pas, joncs, massettes naines, iris, et un nénuphar en panier protégé par une couche de gravier. Jamais de jacinthe d’eau ni de laitue d’eau, interdites dans l’Union européenne, et aucune des plantes envahissantes que les sites japonais recommandent encore. Voici la liste pour un bassin français.
Ce que le poisson rouge fait aux plantes
Tokyo Aqua Garden classe les plantes d’un bac à poissons rouges en deux colonnes : celles qui servent d’en-cas et celles qui sont épargnées. Dans la première, le cératophylle (マツモ), l’élodée, la mousse de Java, et les racines des flottantes ; dans la seconde, les plantes à feuilles dures, anubias, fougère de Java, épée d’Amazonie. Le site note deux choses utiles pour le bassin : le cératophylle repousse assez vite pour supporter le broutage, et une flottante dont les racines sont entièrement mangées finit par mourir.
Le poisson rouge ne fait pas que manger. Il fouille le fond, soulève la terre des paniers, trouble l’eau et déchausse les plantes mal lestées. Les débris qu’il arrache bouchent le filtre, prévient Tokyo Aqua Garden. Un tamasaba de 30 cm fait tout cela à grande échelle. Planter un bassin de poissons rouges, c’est penser à la protection autant qu’à l’espèce.
Ce que les plantes font pour le poisson rouge
Quatre services : l’ombre, contre l’échauffement d’été et l’eau verte ; l’abri, contre le héron et le martin-pêcheur ; l’épuration de l’ammoniaque et des nitrates ; et le support de ponte, le poisson rouge frayant au printemps dans les plantes fines, voir la reproduction en bassin. Un cinquième, propre au poisson rouge : le cératophylle brouté est un complément de verdure pour un omnivore nourri aux granulés.
Un bassin de poissons rouges planté reste un bassin filtré. Les plantes aident le filtre, elles ne le remplacent pas chez un poisson qui salit autant, écrit Tokyo Aqua Garden : quel volume de bassin pour des poissons rouges.
Les plantes recommandées
Les immergées : celles qu’il mange, en quantité
Le cératophylle, Ceratophyllum demersum, est la plante de base. Sans racines, il flotte entre deux eaux, se multiplie par bouturage, porte les œufs au printemps et passe l’hiver replié au fond, même sous la glace. Le poisson rouge le broute, il repousse. Kamihata donne pour les medakas un ratio de 10 cm de tige pour 1,5 litre d’eau ; avec des poissons rouges, on en met davantage parce qu’une partie est mangée. Les autres immergées indigènes : le myriophylle en épi, Myriophyllum spicatum, la pesse d’eau, Hippuris vulgaris, le potamot crépu, Potamogeton crispus, l’hottonie, Hottonia palustris. Toutes en bouquets lestés, jamais avec le plomb de vente, que Tokyo Aqua Garden juge dangereux et qu’on remplace par un anneau de céramique ou une pierre.
Les flottantes : indigènes et surveillées
La grenouillette, Hydrocharis morsus-ranae, indigène, hiverne par des bourgeons qui coulent au fond. Les poissons rouges mangent ses racines ; elle se maintient si elle a une zone calme. La châtaigne d’eau, Trapa natans, et la salvinie, Salvinia natans, annuelles indigènes, complètent. Le faux nénuphar, Nymphoides peltata, enraciné, résiste mieux au broutage. Règle commune : jamais plus d’un tiers à la moitié de la surface couverte, pour l’oxygène de la nuit.
Le nénuphar : en panier, sous gravier
Le nénuphar rustique est la plante d’un bassin de poissons rouges. Ses feuilles coriaces ne sont pas mangées ; ses rhizomes sont déchaussés si le poisson peut fouiller la terre. On le plante donc en panier, dans une terre argileuse lourde, sous 3 à 5 cm de gravier rond que le poisson ne déplace pas. Un nénuphar nain à partir de 60 litres, selon la règle de medaka.fr ; des variétés moyennes et grandes à partir du mètre cube, sous 40 à 80 cm d’eau selon la variété.
Les plantes de berge : celles qu’il ne mange pas
Les émergées donnent la hauteur et persistent l’hiver. Le poisson rouge ne les mange pas, il les déchausse ; en panier lourd calé par des pierres, elles tiennent : Typha minima, la massette naine, en panier pour contenir le rhizome, jamais la massette commune qui perce les bâches ; les joncs, Juncus effusus et Juncus ensifolius ; l’iris des marais, Iris pseudacorus, dans un grand bassin, et Iris versicolor dans un petit ; les prêles naines ; la menthe aquatique, la véronique des ruisseaux et le populage en bordure, dans 0 à 10 cm d’eau ; la sagittaire, dont les feuilles immergées abritent les alevins. Le guide des plantes filtrantes d’afloredeau.com donne pour chacune la profondeur et la hauteur, et compte 6 à 8 plantes par m² dans une zone de lagunage.
Protéger les plantes : les gestes
- Panier et gravier. Toute plante en terre va dans un panier, surface couverte de gravier rond de 3 à 5 cm. C’est le geste qui change tout.
- Un plateau de berge. Une marge de 10 à 20 cm de profondeur, séparée du bassin par une rangée de pierres, où les poissons rouges de 30 cm ne vont pas : les flottantes et les immergées fines y survivent et y repoussent.
- Une réserve. Un bac de 50 litres sans poisson, où l’on cultive du cératophylle et de la grenouillette, et d’où l’on repique au bassin ce qui a été mangé. C’est ce que fait Tokyo Aqua Garden avec ses flottantes dévorées : on les isole, elles refont des racines, on les remet.
- Introduire les plantes avant les poissons. Sept à dix jours de plantes seules.
- Retirer les débris chaque semaine : ils se décomposent et bouchent le filtre.
- Rincer et inspecter toute plante avant de la mettre à l’eau, pour les œufs d’escargots et les larves de libellule.
Les plantes à ne jamais mettre
Les sites japonais recommandent encore la jacinthe d’eau et la cabomba. En Europe, la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union interdit la vente, la détention et le transport de la jacinthe d’eau, Eichhornia crassipes, de la laitue d’eau, Pistia stratiotes, de Cabomba caroliniana, du myriophylle du Brésil, Myriophyllum aquaticum, de l’élodée de Nuttall, Elodea nuttallii, du Lagarosiphon, des jussies, Ludwigia grandiflora et peploides, de l’hydrocotyle fausse renoncule, et pour les berges du Lysichiton americanus et de la Gunnera tinctoria. L’élodée dense, Egeria densa, n’est pas sur la liste mais envahit les rivières françaises : on ne la conseille pas. Les flottantes tropicales comme le Limnobium rendent service l’été dans un bac fermé ; dans un bassin relié à un trop-plein, on s’en passe. Rien ne se relâche dans la nature : une plante en trop se détruit en la faisant sécher, un poisson en trop se donne (Code de l’environnement, L.432-10).
Au fil de l’année
Au printemps, rempoter le nénuphar et regarnir de gravier les paniers dégarnis. En été, éclaircir les flottantes et retirer les débris. En automne, couper les émergées fanées et tendre un filet contre les feuilles d’arbre ; la grenouillette coule d’elle-même, le cératophylle se replie au fond. En hiver, ne rien toucher : voir l’hivernage des poissons rouges en France.
Où trouver ces plantes
Les espèces de cette page sont cultivées pour le bassin et disponibles, selon la saison, sur la boutique d’À Flore d’Eau à Lesneven. La page de chaque plante fait foi pour la disponibilité.
- Immergées, cératophylle, pesse d’eau, potamot, myriophylle en épi : plantes oxygénantes et plantes submergées.
- Flottantes indigènes, grenouillette, châtaigne d’eau, salvinie : plantes flottantes.
- Nénuphars rustiques, nains et grands : nénuphars.
- Berges, massette naine, joncs, iris, prêles, menthe, véronique, populage, sagittaire : plantes de berges.
- Toutes les plantes de bassin : plantes de bassin de jardin.
Les chiffres à retenir
| Plante de base | cératophylle, en bouquets lestés, en quantité, repousse après broutage |
|---|---|
| Flottantes | grenouillette, châtaigne d’eau, salvinie, faux nénuphar ; un tiers à la moitié de la surface au plus |
| Nénuphar | en panier, 3 à 5 cm de gravier rond en surface ; nain à partir de 60 L |
| Berges | Typha minima, joncs, iris, prêles, menthe, véronique, populage, sagittaire ; 6 à 8 par m² en lagunage |
| Protection | panier et gravier, plateau de berge peu profond, réserve de 50 L sans poisson |
| Avant les poissons | 7 à 10 jours de plantes seules |
| Interdites UE | jacinthe d’eau, laitue d’eau, cabomba, myriophylle du Brésil, élodée de Nuttall, lagarosiphon, jussies, hydrocotyle |
| Déconseillée | Egeria densa |
Questions fréquentes
Mes poissons rouges ont mangé tout le cératophylle en une semaine, que faire ?
En mettre plus qu’ils n’en mangent, le cultiver dans une réserve sans poisson, en garder derrière une rangée de pierres dans 10 cm d’eau. Et vérifier la ration : nourrir selon la température.
Puis-je mettre des plantes d’aquarium dans le bassin l’été ?
Anubias et fougère de Java, que le poisson rouge ne mange pas, y vivent de mai à septembre fixées sur une pierre. Elles ne passent pas l’hiver dehors.
Le nénuphar suffit-il comme ombrage ?
Dans un bassin profond, souvent, s’il couvre un tiers à la moitié de la surface en été. Dans un bassin peu profond, on ajoute une toile d’ombrage, surtout dans le Sud, où le tamasaba ne doit pas dépasser 34 °C.
Sources
- Tokyo Aqua Garden, « 金魚と一緒に入れる水草・浮き草 おすすめベスト10 » : plantes mangées et épargnées, lestage, racines des flottantes, débris et filtre : t-aquagarden.com/column/goldfish_aquatic_plants ; « 金魚と鯉は何が違うの? » (le poisson rouge salit beaucoup) : t-aquagarden.com/column/goldfish_and_carp
- Kamihata, « 趣味のメダカ 飼育のしかた » (10 cm de cératophylle pour 1,5 L) : kamihata-online.com
- À Flore d’Eau, « Plantes filtrantes pour lagunage » (profondeurs, hauteurs, 6 à 8 plantes par m²) : afloredeau.com/shop/content/17-plantes-filtrantes-lagunage-guide
- medaka.fr, « Quelles plantes aquatiques avec des medakas » (grenouillette, cératophylle sous la glace, nénuphar nain à partir de 60 L, surface couverte) : medaka.fr
- Règlement (UE) n° 1143/2014 et règlement d’exécution 2016/1141, liste consolidée 2024 : eur-lex.europa.eu ; Code de l’environnement, article L.432-10.